Jean-Sébastien Lefebvre

Journaliste

Au quotidien, je décrypte la vie politique de l’Union européenne pour Contexte. Je m’intéresse aussi à la vie interne de ses États, avec un faible pour l’Europe de l’Est, mais aussi pour la Belgique où je vis.

Politique

Une vie sans gouvernement, l’expérience belge

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Entre Flamands et francophones, deux visions s’affrontent. D’un côté, celle d’un lien indéfectible entre la langue et le territoire, qui implique un unilinguisme total en Flandre sans exception. De l’autre, le respect des droits des minorités linguistiques, prôné par la classe politique wallonne et bruxelloise.

Depuis les années 1970, pas moins de cinq réformes ont été menées (1970, 1980, 1988, 1993, 2001) pour transformer un royaume organisé autour d’un État unitaire et de ses communes en un pays fédéral. Le pouvoir est maintenant largement réparti entre les différentes entités : gouvernement, régions ou communautés linguistiques. Reviennent ainsi au fédéral le marché du travail, la défense, les retraites ou la sécurité sociale, tandis que les régions et les communautés linguistiques s’occupent de l’aménagement du territoire, la culture, l’enseignement et de l’emploi.

Dans les premières décennies de l’existence du pays, le français est la seule langue officielle. La bourgeoisie de tout le pays considère le flamand comme un dialecte juste bon pour les classes populaires. Il a fallu attendre 1878 pour qu’il obtienne le statut de langue officielle dans les provinces flamandes et à Bruxelles (seule zone bilingue).

Quelques jours après les attaques terroristes, les politiques flamands et francophones se sont mutuellement accusés d’être responsables des failles de l’État belge. Bart de Wever a accusé le PS francophone et le CDH d’avoir « laissé pourrir la situation » dans les quartiers difficiles de Bruxelles. Quant au bourgmestre de la capitale, il a dû s’excuser après avoir déclaré, suite aux débordements d’extrême droite le dimanche suivant les attentats, que la « Flandre et ses hooligans sont venus salir Bruxelles ».

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Entre 2010 et 2011, la Belgique a affronté une invraisemblable crise politique et institutionnelle. Sur fond de divisions entre Wallons et Flamands, le pays s’est retrouvé dans une impasse suite à la démission de son gouvernement. 541 jours de pilotage automatique qui ont amusé le monde entier et mis en évidence des tensions communautaires toujours omniprésentes chez nos voisins. Une vacance du pouvoir qui interroge sur l’organisation complexe de la Belgique et son avenir.

« Je ne peux pas me déplacer à l’étranger sans que quelqu’un me dise que nous avons trouvé la formule magique pour faire fonctionner un pays sans gouvernement », lâche ironiquement Francis Delperée, député belge. Derrière ces remarques qu’il accueille avec philosophie, l’élu du Centre démocrate humaniste (CDH, au centre droit) estime toutefois que se cache « un peu de simplisme ».

La Belgique en effet battu un record, autrefois détenu par l’Irak : celui du pays vivant le plus longtemps sans gouvernement. 541 jours, soit 18 mois de crise politique à cheval entre 2010 et 2011. Cette situation inextricable n’avait rien d’une blague, elle a laissé éclater au grand jour les divisions d’un État où cohabitent Flamands et Wallons.

Tout a commencé le 22 avril 2010. Par une journée ensoleillée de printemps, Alexander de Croo claque la porte. Le patron des libéraux flamands (Open Vld) décide de retirer son parti de la coalition gouvernementale à la tête de la Belgique depuis 2009. Une réaction directe à des négociations qui n’avancent pas autour de Bruxelles-Hal-Vilvoorde – BHV pour les intimes. L’épineux dossier empoisonne la vie politique du pays depuis des années.

Les partis du nord (flamands) réclament en effet la scission de cet arrondissement judiciaire et électoral, où les francophones bénéficient de droits linguistiques spécifiques. 100 000 personnes installées dans ces communes flamandes sont concernées, elles peuvent ainsi voter pour des candidats à Bruxelles et être jugées en français. La situation est intolérable depuis toujours pour les plus durs des nationalistes flamands qui dénoncent une « francisation » d’une partie de leur territoire.

Située au centre de la Belgique, Bruxelles fait figure d’enclave partagée entre la Wallonie (au sud) et la Flandre (au nord). La ville est officiellement bilingue :