Nathalie Picard

Journaliste indépendante

Persuadée que la curiosité n’est pas un vilain défaut, je suis revenue sur les bancs de la fac dix années après les avoir quittés. Pour assouvir ma soif de connaissances et de rencontres, j’ai choisi un nouveau métier : journaliste.

humanitaire

« L’adoption internationale va devenir de plus en plus marginale »

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Généralement abrégé en VLSA, ce visa est délivré à un enfant (mineur de moins de 15 ans) pour qu’il puisse entrer sur le territoire français. 54 ont été refusés à la fin novembre 2016, ce qui a poussé certaines familles à formuler des recours.

L’année 2016 est atypique sur le plan statistique, car 232 enfants en provenance de la République démocratique du Congo ont reçu un visa long séjour pour adoption, ce qui fait considérablement augmenter les chiffres par rapport à 2015. Cela s’explique par le fait que la RDC avait suspendu, depuis trois ans, les adoptions internationales. À la réouverture, en février 2016, de nombreuses procédures, déjà en cours, ont repris. La MAI assure qu’il faut donc relativiser les chiffres « bruts » de 2016 en étudiant les phénomènes « hors RDC ».

Cette convention est un texte de droit international signé pour la première fois en 1993. Elle a été ratifiée par les États « convaincus de la nécessité de prévoir des mesures pour garantir que les adoptions internationales aient lieu dans l’intérêt supérieur de l’enfant et le respect de ses droits fondamentaux, ainsi que pour prévenir l’enlèvement, la vente ou la traite d’enfants ». Au 1er janvier 2017, 98 pays dans le monde ont ratifié ce texte.

Il s’agit d’un principe qui fait l’objet d’un article dans la Convention de la Haye (entre autres) : les enfants doivent être en priorité élevés dans leur famille ou adoptés dans leur propre pays. En clair : dans l’intérêt de l’enfant, il est nécessaire de chercher d’abord une solution locale pour lui.

À l’échelle mondiale, les adoptions internationales ont chuté de 70% en seulement dix ans. Le renforcement de l’encadrement juridique et la hausse du niveau de vie expliquent cette brutale diminution.

La nouvelle est tombée tel un couperet. Depuis le 1er janvier, la France a suspendu les procédures d’adoption avec la République démocratique du Congo. Elle laisse dans le désarroi une cinquantaine de familles qui y ont adopté un enfant, mais qui ne peuvent obtenir le visa français. Pourtant, en 2016, ce précieux sésame était délivré à 232 adoptés congolais. Pourquoi donc cesser la collaboration avec Kinshasa ? Car le quai d’Orsay a constaté de nombreuses irrégularités dans les dossiers, notamment l’absence d’état civil pour plus de la moitié des enfants. Comment vérifier leur adoptabilité ? Auraient-ils fait l’objet d’un trafic ? Une enquête est en cours.

humanitaire

L’Arche de Zoé, les naufragés de l’humanitaire

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L’association, créée par le couple en 2004, visait au départ à venir en aide aux enfants victimes du tsunami en Asie du Sud-Est. Éric Breteau et sa compagne Émilie Lelouch ont ensuite initié leur « opération Darfour ». Sur son site Internet, l’Arche de Zoé se décrivait comme « une association à but non lucratif dédiée aux enfants orphelins ».

L’association recherchait des familles pour accueillir ces enfants. Sans promettre l’adoption, elle a joué sur leur corde sensible. Les familles en attente d’adoption espéraient accompagner les enfants dans leur demande d’asile, puis une fois toutes les formalités réglées, être prioritaires pour les adopter. Ce que l’association ne pouvait en aucun cas leur garantir.

Abéché est la deuxième ville du pays. L’association a pu profiter de son positionnement : elle se trouve en effet à l’est du Tchad, à 170 kilomètres de la frontière soudanaise et du Darfour.

Fin décembre 2007, les membres de l’ONG sont condamnés à huit ans de travaux forcés au Tchad. Rapatriés en France, ils y sont également jugés. En février 2014, les deux cerveaux de l’opération écopent finalement de deux ans de prison avec sursis.

C’est le président tchadien lui-même qui réclame ces libérations. Marie-Agnès Pèleran, journaliste de France 3, se trouve alors en congé humanitaire. Elle est par ailleurs membre du Collectif des familles pour les orphelins du Darfour. Jean-Daniel Guillou, lui, est un photographe « embarqué » pour suivre la mission, il la couvre de A à Z aux côtés des humanitaires. Enfin, Marc Garmirian, arrivé au Tchad une semaine avant la fin de l’opération, réalise un reportage pour Capa, sur la mission de l’Arche de Zoé.

Pierre Micheletti était président de Médecins du Monde de 2006 à 2009. On lui doit un livre, Les Orphelins, fiction dans laquelle il raconte ce qui aurait pu se passer si l’avion de l’Arche de Zoé avait décollé. Un ouvrage réédité en 2016 aux éditions Lucien Souny.

Bertrand Quinet est responsable du département Programmes de formation à l’Institut Bioforce, centre de formation en logistique humanitaire fondé en 1988. Ce dernier explique sur son site que sa mission consiste à « améliorer l’impact et la pertinence des interventions de solidarité menées auprès des populations vulnérables ».

En 2007, alors qu’un conflit meurtrier sévit au Darfour, une association humanitaire, l’Arche de Zoé, projette d’évacuer des orphelins vers la France, dépassant les frontières de la légalité. Maladresse ? Méconnaissance du droit ? Négligences ? Dix ans après, cette mission avortée recèle toujours des zones d’ombre.

Les membres de l’Arche de Zoé se doutaient-ils que leur projet virerait au cauchemar le 25 octobre 2007 ? Ce jour-là, au Tchad, ils doivent embarquer 103 enfants dans un avion. Destination la France, où des familles d’accueil les attendent. En chemin vers la base aérienne, leur convoi est stoppé. Neuf Français sont interpellés par la police tchadienne. La veille au soir, pourtant, un employé tchadien les avait avertis : « Vous ne pouvez pas emmener ces enfants. » Mais les responsables de l’organisation, Émilie Lelouch et Éric Breteau, étaient prêts à tout pour les « sortir de l’enfer du Darfour ».

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Agriculteurs

L’avenir de l’élevage, des mille vaches aux mille débats

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Cette technique consiste à dégrader de la matière organique dans un milieu sans oxygène, grâce à l’action de bactéries. Le gaz produit, appelé « biogaz », peut ensuite être valorisé sous forme d’électricité ou de chaleur dans une centrale en cogénération. La capacité importante du méthaniseur voulue par le groupe Ramery lui permettrait de traiter les matières organiques issues de son élevage ainsi que des déchets extérieurs à l’exploitation.

Riches en azote, les effluents d’élevage – déjections animales (lisier, fumier), eaux de nettoyage des bâtiments… -, ne peuvent pas être rejetés directement dans la nature. L’épandage est l’une des méthodes de traitement autorisées. Elle consiste à répandre les effluents sur les terres agricoles. La superficie nécessaire est réglementée, afin de ne pas surcharger les terres en azote.

En septembre 2015, la cour d’appel d’Amiens allège les sanctions : les peines de prison avec sursis sont supprimées et remplacées par des amendes de 1 500 à 5 000€ avec sursis.

L’Institut de l’élevage est un organisme de recherche et de développement dont l’objectif est d’améliorer la compétitivité des élevages herbivores et de leurs filières. Il fonctionne avec le statut d’association loi 1901.

Parmi les piliers du modèle d’agriculture paysanne promu par le syndicat, l’autonomie est essentielle : dégager un revenu en maîtrisant les charges, faire ses propres choix ou limiter sa dépendance vis-à-vis de l’amont et de l’aval de la filière. Autre élément : faire en sorte que sa ferme soit transmissible, c’est-à-dire qu’elle puisse être reprise et permettre de dégager un revenu.

Le lait produit dans l’immense ferme picarde est désormais vendu en Belgique. Suite à la mobilisation contre le projet, une forme de boycott s’est mise en place en France. « Plus aucune enseigne de distribution ne veut de ce lait dans ses rayons ! », confiait ainsi en 2015 un représentant de la Confédération paysanne.

Alors qu’une ferme laitière compte en moyenne 58 vaches, celle des « mille vaches » détonne dans le paysage français. Érigée par ses détracteurs en symbole de l’industrialisation de l’agriculture, l’exploitation picarde se trouve depuis cinq ans au cœur d’un vaste imbroglio judiciaire. L’occasion de s’interroger sur l’avenir de la production laitière et de l’élevage français dans son ensemble.

18 février 2012. Des centaines de manifestants se donnent rendez-vous à Abbeville, dans la Somme, pour protester contre le projet d’installation d’une vaste ferme-usine. « Cruauté animale, argent sale », scandent les participants au rythme des tambours. En tête de cortège, un message s’affiche en lettres rouges sur une large banderole blanche : « Non à l’usine à vaches. Santé en danger ». C’est la première manifestation d’ampleur organisée par l’association Novissen – Nos villages se soucient de leur environnement – créée en novembre 2011 par un collectif de riverains opposés au projet. D’autres organisations la soutiennent, notamment la Confédération paysanne ou l’association L214, qui milite pour l’abolition de toute forme d’exploitation animale et donc de l’élevage. « Nous avons brandi nos pancartes pour la libération animale et la dénonciation de l’élevage intensif », se souvient Brigitte Gothière, porte-parole de l’association, « Les habitants étaient surpris de nous voir si nombreux, venus de loin pour soutenir leur cause. C’était notre première rencontre. » La première d’une longue série.