Pierre Leibovici

Journaliste

Animé par les enjeux écologiques et numériques, j’aime contourner les éléments de langage et expérimenter d’autres manières de faire l’information. Je rêve souvent de cartes, de code informatique et d’un média connecté qui prend son temps.

Agriculteurs

Agriculture biologique : quand germe la conversion

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L’appellation « agriculture biologique » suppose de respecter un cahier des charges qui varie selon le type d’exploitation : aucun pesticide ni OGM pour les cultures ; des aliments bio et un élevage en partie en plein air pour les bêtes.

Durant la période dite de « conversion », l’agriculteur respecte le cahier des charges de l’agriculture biologique, mais il ne bénéficie pas encore du label pour ses productions. La durée de la conversion varie grandement selon l’activité de la ferme : de six semaines pour les poules pondeuses à deux ans pour les cultures annuelles, voire trois ans pour les vignes.

La « Révolution verte » fait référence à la période des années 1960 à 1990 durant laquelle de nouvelles techniques ont permis d’augmenter la productivité agricole. Outre l’apparition de variétés de plantes à haut rendement, c’est surtout le recours massif aux pesticides et engrais de synthèse qui marque cette époque.

C’est sur ces mots que débute la première vidéo de celui qui se présente comme un « agrigeek ». Ce qui l’a motivé à filmer, jusqu’à aujourd’hui, plus de 170 séquences pour raconter son quotidien ? Son fils, moqué à l’école parce qu’il était enfant d’agriculteur.

Selon les chiffres communiqués par le directeur de l’Agence Bio, Florent Guhl, on recense environ 300 déconversions de fermes bios depuis le début de l’année 2016. La moitié d’entre elles s’expliqueraient par des raisons économiques, notamment la fin des aides à la conversion pour les agriculteurs ayant entamé la démarche il y a 5 ans. Sur la même période, plus de 1 300 exploitations se sont converties cependant.

L’agriculture biologique se répand, et pas seulement dans les rayonnages des supermarchés. Depuis 2014, les producteurs qui font le choix du mode de production bio sont de plus en plus nombreux. D’où vient cette vague de conversions ? Une exploration des fermes converties ou en voie de l’être donne au moins une réponse certaine. Si l’agriculture biologique gagne les terres françaises, son développement reste bien en deçà des ambitions affichées par les pouvoirs publics : seulement un quart de l’objectif national fixé pour 2020 a été atteint. Née du Grenelle de l’environnement, sur lequel nous revenions en avril dernier, cette promesse est restée en jachère. L’imprévu part à la rencontre de celles et ceux qui tentent de cultiver autrement : radiographie d’une France agricole qui peine à se verdir.

Pour l’occasion, les dorures des salons du ministère de l’Écologie avaient cédé leur place à de larges panneaux verts. Les sourires et les plantes parsemaient les couloirs. La nature semblait chez elle, tout comme ses porte-parole, rassemblés durant trois longues et prometteuses journées, en octobre 2007. Le Grenelle de l’environnement, la grand-messe écologique impulsée par le président de la République d’alors, Nicolas Sarkozy, battait son plein.

Autour de la table, des ministres, bien sûr, mais aussi des responsables d’ONG comme Yannick Jadot, ancien directeur des campagnes de Greenpeace France, ou Nicolas Hulot. Ce dernier, invité au journal de 20 heures de France 2 à la clôture des négociations, attribuait la note de « 18 sur 20 » au Gouvernement pour son volontarisme.

Parmi les mesures phares annoncées ce soir-là, il en est une qui a marqué le monde paysan. Gravée dans le marbre de la loi du 3 août 2009 relative à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement, elle stipule que « l’État favorisera la production et la structuration de cette filière [de l’alimentation biologique, NDLR] pour que la surface agricole utile en agriculture biologique atteigne 6% en 2012 et 20% en 2020 ». Les agriculteurs allaient devoir multiplier par dix, en l’espace d’une décennie, la surface des terres cultivables lavées de tout produit chimique de synthèse.

Un coup d’œil aux derniers chiffres publiés par l’Agence Bio, l’organisme chargé de la promotion de l’agriculture biologique en France, montre que l’objectif sera difficilement atteignable : en 2015, seuls 5,1% de cette surface étaient passés en mode de production biologique.

inégalités

Bancs grillagés d’Angoulême : quand la ville devient hostile

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Qui vit au ban de la société ne devrait jouir des bancs publics. C’est l’opinion que partagent un certain nombre d’élus locaux et de riverains gênés par la présence de sans-abri en centre-ville. Ville tranquille rimerait-il avec ville hostile ?

Neuf bancs surmontés d’un grillage, à la veille de Noël. L’image a donné du fil à retordre à Xavier Bonnefont, le maire (UMP) d’Angoulême qui avait décidé, en décembre 2014, d’encager les assises d’une place de la ville. Se noyant dans les éléments de langage — allant jusqu’à parler « d’installations paysagères » —, l’élu n’a cependant jamais nié ses intentions : priver les « marginaux » et les « trafiquants de stupéfiants » des bancs publics situés face à une galerie marchande. La mairie a depuis fait machine arrière et la déferlante médiatique est passée. Pourtant, les bancs grillagés d’Angoulême resteront le symbole phare des politiques urbaines visant à éloigner les sans-abri, les jeunes et autres « indésirables » des centres-villes. Auteure du manuel (à paraître) Pour un espace public hospitalier à destination des communes, Chantal Deckmyn se fait critique sur les tendances de l’aménagement urbain. À la fois architecte, urbaniste et anthropologue, elle partage ses rêves d’une ville plus accueillante.

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alimentation

Affaire de la viande de cheval : la traçabilité reste floue

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Était-ce une boulette, une « négligence » isolée chez un sous-traitant de la marque Findus ? Ou plutôt une tromperie classique dans nos plats cuisinés ? Difficile à dire, mais une chose est sûre : l’affaire dite de la « viande de cheval » aura fait éclater au grand jour les failles de la traçabilité dans l’industrie agro-alimentaire.

C’est l’Irlande du Nord qui a donné l’alerte. En janvier 2013, les autorités sanitaires de l’île annoncent avoir découvert de la viande de cheval dans neuf steaks sur dix, achetés au hasard dans les grandes surfaces, alors que leur emballage mentionnait « pur boeuf ». Un mois plus tard, le scandale éclate en France : Findus révèle que plus de 60% de ses produits testés (hachis parmentier, moussaka ou lasagnes) contiennent indûment de la viande équine. Une vaste fraude est dévoilée : élevés en Roumanie, puis vendus par un intermédiaire chypriote basé aux Pays-Bas à des sous-traitants de la marque de plats cuisinés, les chevaux n’auraient jamais dû finir en hachis. Dans ses prises de position au Parlement européen, Michèle Rivasi, eurodéputée Europe Écologie Les Verts, n’en démord pas. Pour elle, seule une transparence stricte sur la provenance de la viande en Europe permettrait d’éviter un nouveau scandale alimentaire de grande ampleur.

En février 2013, les médias s’emballent au sujet du cheval détecté dans des lasagnes censées contenir du boeuf. Pourquoi un tel retentissement ?

Précarité

Quand les prix flambent, la Guadeloupe s’embrase

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C’est un département français où près d’un quart de la population active est au chômage, sans qu’on s’en émeuve dans les médias. Sauf au début de l’année 2009. La Guadeloupe est alors en proie à des révoltes jamais vues sur l’île.

Une grève générale a paralysé la Guadeloupe à l’hiver 2009. Historique en Outre-mer, la mobilisation de milliers d’habitants durant 44 jours a entériné des avancées sociales majeures. Sur le papier, du moins. Élie Domota, secrétaire général de l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG) et porte-parole du LKP, le collectif de syndicats et d’associations à l’origine des revendications en 2009, revient sur ces évènements. Avec une soif d’indépendance restée intacte.

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Luttes

Au Québec, la sève du Printemps érable est retombée

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Quelques mois après la mobilisation mondiale et éphémère d’Occupy Wall Street, la révolte gagne de nouveau les rues québécoises début 2012. En première ligne : les étudiants, qui protestent contre l’explosion des frais de scolarité prévue par le Gouvernement. Que reste-t-il du printemps érable ?

Chez des dizaines de milliers d’étudiants québécois, le souvenir du printemps 2012 reste vivace. Au moment même où des pays arabes entament leur révolution, la province canadienne voit éclore ce qu’on baptise rapidement comme le « Printemps érable », un vent de manifestations comme elle n’en avait jamais connu. Les raisons de la colère ? La décision du gouvernement libéral de Jean Charest, ancien premier ministre du Québec, d’augmenter massivement les droits de scolarité à l’université. Entre mars et septembre 2012, la ténacité des manifestants, allant parfois jusqu’à des actions violentes, défie l’entêtement des autorités. Francis Dupuis-Déri, professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal, a analysé cette mobilisation historique dans Un printemps rouge et noir (éditions Écosociété). Avec le recul analytique du chercheur et une aspiration révolutionnaire bien à lui, il livre sa vision des évènements.

L’escalade de la mobilisation des étudiants québécois au printemps 2012 a semblé fulgurante. A-t-elle été si soudaine ?

On ne le sait pas forcément, mais le Québec héberge le mouvement étudiant le plus combatif d’Amérique du Nord, avec des grèves tous les trois à cinq ans. Une mobilisation étudiante historique avait déjà eu lieu en 2005, sans le retentissement international du Printemps érable, cependant. Quelques années plus tard, en 2010, le gouvernement libéral a annoncé la hausse des frais de scolarité, loin d’imaginer ce qui allait survenir au printemps en 2012. Les stratèges des fédérations étudiantes eux-mêmes ne s’y attendaient pas. Ils avaient planifié une grève de quelques semaines à partir de la mi-février, pas de plusieurs mois.